31.10.2007
Article du Monde: Le rapport d'un député PS pointe la baisse des crédits destinés au patrimoine
Première mise au point : M. Bloche conteste la hausse de 3,2 % du budget annoncée par Mme Albanel le 26 septembre (Le Monde du 28 septembre). "Pour gonfler le montant total de l'enveloppe (2,928 milliards d'euros de crédits de paiement), le gouvernement a rebudgétisé la somme de 70 millions d'euros qui était considérée, l'an dernier, comme une mesure extrabudgétaire", explique-t-il.
Afin de relancer les chantiers de restauration des monuments historiques, le gouvernement Villepin avait décidé, en 2006, de créer une "recette pérenne" de 70 millions d'euros, issue des droits de mutation à titre onéreux. Versée au Centre des monuments nationaux, elle a vocation à être redistribuée dans les DRAC. Or, cette année, cette manne a été rapatriée dans le budget. "Sans cette opération, l'augmentation du budget 2008 est de 0,7 %", reconnaît-on au cabinet de Mme Albanel.
Sujet sensible, le patrimoine est le poste prioritaire, doté de 979 millions d'euros. Pourtant, dans son rapport (page 19), M. Bloche publie un tableau qui montre une diminution significative des crédits de paiement à destination du patrimoine monumental : de 4,7 millions d'euros à 3,5 millions d'euros dans la région Franche-Comté, de 12,5 millions d'euros à 7,8 millions d'euros en Rhône-Alpes, de 8,3 millions d'euros à 5,6 millions d'euros dans le Nord-Pas-de-Calais, de 22 millions d'euros à 11 millions d'euros en Pays de la Loire, etc.
"DIMINUTION DE 6 %"
Une baisse "tout à fait logique, explique-t-on rue de Valois. En 2007, les régions ont reçu une double dotation, exceptionnelle, de 140 millions d'euros ; 70 millions ont été dépensés pour éponger les dettes. Ces dettes n'existant plus, le besoin n'existe plus".
Il n'empêche, les témoignages recueillis sur le terrain par M. Bloche expriment un certain désarroi. Tel ce constat de la DRAC Provence-Alpes-Côte d'Azur : "Les budgets qui sont délégués (...) ne permettent pas d'assurer aux monuments protégés le maintien d'un état stationnaire ; ils conduisent simplement à tenter de ralentir la dégradation progressive de ce patrimoine." Cette "pénurie", analyse M. Bloche, a pour effet "de contraindre les DRAC à une forme d'autocensure". "Ainsi, en Bretagne, la DRAC n'a programmé aucune opération nouvelle en 2007 malgré la hausse des moyens, en prévision d'une nouvelle baisse des crédits pour 2008." Le député plaide pour le retour au niveau des crédits de 2003, "soit 400 millions d'euros de crédits de paiement, contre 316 aujourd'hui".
Le rapporteur et le cabinet de la ministre sont au moins d'accord sur un point : avec 467,8 millions d'euros, la "transmission des savoirs et démocratisation de la culture" perd 2,9 % de crédits de paiement. L'éducation artistique est, certes, gratifiée d'une hausse de 6,1 %, mais les mesures "en faveur de l'accès à la culture" chutent de 17,9 % (actions en direction des communes, ou à destination des "publics les plus éloignés de la culture"...).
Enfin, souligne Patrick Bloche, le budget "stationnaire" du spectacle vivant "cache en réalité une baisse de 414 000 ? en crédits de paiement" - sur un total de 639,7 millions d'euros. Une inquiétude partagée par le président du Syndeac, le plus important syndicat du secteur subventionné (centres dramatiques nationaux, scènes nationales, compagnies, etc.). "Le ministère a engagé des dépenses nouvelles et, à enveloppe constante, le théâtre semble être la variable d'ajustement", déplore François Le Pillouër. "Selon nos informations, que des hauts représentants du ministère n'ont pas démenties, les crédits pour le spectacle vivant des DRAC sont en diminution de 6 %. Par exemple, il y a une perte de 3,5 millions d'euros pour les centres dramatiques nationaux", constate-t-il. Le directeur du Théâtre national de Bretagne, à Rennes, qui devait rencontrer, mardi, des conseillers de Mme Albanel, s'interroge : "Quelle est la stratégie masquée ? Révélez-nous les chiffres !"
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