20.12.2007

Article du Monde: La réforme du ministère de la culture provoque de fortes inquiétudes

Comment améliorer l'action du ministère de la culture avec moins de moyens ? C'est l'enjeu de la révision générale des politiques publiques, dite RGPP, autrement dit la réforme de l'Etat visant à "rationaliser les dépenses" et "améliorer la qualité des politiques publiques". A l'issue d'un audit piloté par l'inspecteur général des finances François Auvigne, le conseil de modernisation des politiques publiques a rendu publiques les premières "orientations", le 12 décembre. Une deuxième phase va déboucher sur des "projets de réforme" au printemps 2008. L'ensemble entrera en vigueur progressivement jusqu'en 2011.
Sachant que, dans le même temps, le ministère devra tenir son engagement de ne pas remplacer un départ à la retraite sur deux, les syndicats pensent que "la RGPP est un habillage de la réduction des effectifs", selon l'expression de Kamal Hesni, secrétaire général de la CFDT-Culture, qui n'est pourtant "pas hostile à l'idée de réforme". Entre 1 000 et 1 100 départs à la retraite sont prévus d'ici 2012, sur un effectif de quelque 26 000 agents - dont 11 900 emplois de fonctionnaires équivalent temps plein, le reste étant des contractuels, des personnes en CDD, etc.

Les syndicats craignent aussi un retrait du ministère dans certaines missions, avec parfois privatisation ou filialisation d'activités. Pour la CGT-Culture, syndicat le plus important, "la ministre n'a pas su défendre l'exception culturelle". Son secrétaire général, Nicolas Monquaut, s'explique : "La culture représente à peine 1 % du budget de l'Etat. Les économies qui résulteront de la RGPP auront un impact ridicule sur la dépense, mais les conséquences sur la vie culturelle peuvent être catastrophiques."

Dans une lettre du 12 décembre, la ministre de la culture et de la communication, Christine Albanel, voit au contraire la réforme comme une chance "d'anticiper les nouveaux enjeux, en particulier le développement de l'économie de la culture, les industries culturelles et de la communication". Il s'agit également, ajoute-t-elle, de "consolider" les "missions fondatrices" que sont l'entretien du patrimoine, la création, la transmission des savoirs. Voici les principales mesures.

Réduction des directions centrales. Le nombre de directions centrales passera de "dix à quatre ou cinq" pour supprimer les "doublons" et recentrer le ministère sur ses fonctions essentielles. Une direction regroupant les industries culturelles et les nouvelles technologies sera créée. Mme Albanel plaide pour que la direction du développement des médias, actuellement rattachée aux services du premier ministre, rejoigne cette direction.

Le bloc "patrimoine" pourrait s'articuler autour de deux directions, l'une englobant le livre et les archives, l'autre les musées et l'architecture par fusion de la direction des musées de France et de la direction de l'architecture et du patrimoine - à moins que l'architecture ne soit rattachée à la création, ce qui est en débat. La délégation aux arts plastiques et la direction de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles fusionneraient pour donner naissance à une direction de la création.

Quatre statuts pour les musées. La politique d'autonomie des musées sera intensifiée. C'est déjà le cas pour les plus gros - Louvre, Orsay, Versailles, Centre Pompidou, Guimet - qui sont des établissements publics. Quatre perspectives se profilent pour les 34 musées nationaux à Paris ou en région. Les plus gros "seront transformés" en établissements publics (probablement le Musée Picasso et le château de Fontainebleau).
D'autres seront rattachés à des établissements publics existants (le Musée de l'Orangerie irait sous l'aile d'Orsay). Certains seront "proposés en gestion" aux collectivités locales - comme certains monuments historiques. Mais ces collectivités en voudront-elles, car ils ne sont pas économiquement rentables ? La plupart seront rattachés à la Réunion des musées nationaux (RMN), établissement public industriel et commercial.
Une chose est sûre : la direction des musées de France "ne pilotera plus depuis Paris la gestion quotidienne" de ces musées. Le rattachement à la RMN (droit privé) suscite des interrogations : quid du statut des agents ? Les syndicats pointent le risque d'un recours à l'externalisation des postes.

Les DRAC entre soulagement et incertitude. Les directions régionales des affaires culturelles - relais en région du ministère - ont sauvé leur peau, pour l'instant. Ce réseau serait même conforté, assure-t-on dans l'entourage de Mme Albanel. Pour autant, le fonctionnement des DRAC va être étudié dans le cadre de la deuxième phase de la RGPP, qui s'ouvre jusqu'au printemps 2008. Dans l'entourage de Mme Albanel, on avoue n'avoir "aucune idée du résultat". Tout semble piloté depuis l'Elysée.


Vers une baisse de 10 % ou 20 % des dépenses ?
Comme les autres ministères, la Rue de Valois doit se plier à un petit exercice de prospective qui alimente l'inquiétude des agents. Dans un document que Le Monde s'est procuré, il est demandé aux responsables des directions de mesurer les "gains et économies attendus", mais aussi le "risque politique" et "social" de trois scénarios à l'horizon 2009-2011 : une stagnation en volume des crédits et des moyens en personnel, une baisse de 10 % et une baisse de 20 %. Autre question : quel serait l'avenir de tel dispositif "en cas de désengagement de l'Etat" ?

Par ailleurs, à l'initiative du secrétariat général du ministère de la culture, une "cartographie des emplois" est en cours d'élaboration. "Dans le cadre de la révision générale des politiques publiques, cet exercice sera utile pour prendre la mesure des effectifs", indique la secrétaire générale, Christine Le Bihan-Graf, dans une note à l'attention des directeurs et sous-directeurs du ministère.

Clarisse Fabre
LE MONDE | 20.12.07

12.12.2007

RGPP : le dossier institutionel

sur le site institutionnel de la RGPP, tout le dossier, à vous de vous faire une idée !

http://www.modernisation.gouv.fr/info-de-la-semaine/artic...  

01.12.2007

le guide méthodologique de la RGPP

voir ci joint le fameux guide méthodologique de la RGPP : guide_methodologique_RGPP.pdf

Article des Echos: Mais où ont-ils trouvé cette RGPP ?

C'est trop tard. Le mot est maintenant en pleine lumière. Mais franchement, cette RGPP, quelle catastrophe ! Il n'est évidemment pas question ici du fond, traité en d'autres endroits de ce journal. Mais de la forme ou plus précisément du sigle. Sur le papier, la RGPP fait sérieux. Prononcé à voix haute, c'est un tue-l'amour. De quoi faire zapper instantanément l'auditeur de radio. On est tout près de la désuète RPP (« Revue politique et parlementaire »), pas très loin des anciens RG (Renseignements généraux) ou de l'absconse GPP (Gestion de portefeuille de projets). Pour prendre conscience du désastre, il suffit de se livrer à un simple test bien connu des jongleurs de mots : tenter de transformer le sigle en phrase. Pour la RGPP, on arrive assez vite à « Ai-je l'air pépé ? » Difficile de faire moins excitant. Du pur jus de tête d'oeuf estampillé ENA. Bien sûr, la « Revue générale des politiques publiques » n'a rien de particulièrement sexy. Et certains exégètes lui trouvent une filiation avec les éphémères SMR (Stratégies ministérielles de réforme) qui n'étaient guère plus présentables. Mais il y a des acronymes joyeux pour nommer des réalités guère plus réjouissantes.

Dans le domaine de l'action publique, c'est par exemple le cas de la LOLF. La « Loi organique relative aux lois de finances » est une appellation abominable, dotée d'une répétition à faire sursauter n'importe quel rédacteur en chef. Mais son acronyme a quelque chose de guilleret. A l'oreille, la LOLF cousine avec l'elfe. Ses outils, eux, tiennent de lutins jouant de la musique. Le BOP a quelque chose de bibop, même s'il désigne l'horrible « budget opérationnel de programme ». Et le RAP fait inévitablement penser au rappeur, bien qu'il s'agisse du platounet « rapport annuel de performance ».

Dans d'autres domaines, on pousse l'audace encore plus loin en renonçant carrément aux acronymes. Selon certaines rumeurs, la ménagère de moins de 50 ans aurait tendance à délaisser RGPP (rangement général des placards et penderies) au profit de l'expression « tri de printemps ». Le renoncement gagne même certains ministères, même si les rédacteurs en chef râlent contre les titres trop longs. On parle ainsi de Grenelle de l'environnement et non de RPPDE (Réunion des parties prenantes pour la défense de l'environnement). Ou de réforme de la carte judiciaire et non de RCJ qui aurait pourtant l'avantage de rappeler feu la RCB (rationalisation des choix budgétaires, un autre ancêtre de la RGPP). L'Elysée, d'où est partie cette fichue RGPP, ferait mieux de remplacer l'un de ses innombrables jargono-administratifs par un terminologue ou un maître en siglification. Le président le sait pourtant mieux que quiconque : en politique, les mots sont essentiels.

JEAN-MARC VITTORI

 

Les Echos (Décembre 2008) 

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