01.12.2007
Article des Echos: Mais où ont-ils trouvé cette RGPP ?
C'est trop tard. Le mot est maintenant en pleine lumière. Mais franchement, cette RGPP, quelle catastrophe ! Il n'est évidemment pas question ici du fond, traité en d'autres endroits de ce journal. Mais de la forme ou plus précisément du sigle. Sur le papier, la RGPP fait sérieux. Prononcé à voix haute, c'est un tue-l'amour. De quoi faire zapper instantanément l'auditeur de radio. On est tout près de la désuète RPP (« Revue politique et parlementaire »), pas très loin des anciens RG (Renseignements généraux) ou de l'absconse GPP (Gestion de portefeuille de projets). Pour prendre conscience du désastre, il suffit de se livrer à un simple test bien connu des jongleurs de mots : tenter de transformer le sigle en phrase. Pour la RGPP, on arrive assez vite à « Ai-je l'air pépé ? » Difficile de faire moins excitant. Du pur jus de tête d'oeuf estampillé ENA. Bien sûr, la « Revue générale des politiques publiques » n'a rien de particulièrement sexy. Et certains exégètes lui trouvent une filiation avec les éphémères SMR (Stratégies ministérielles de réforme) qui n'étaient guère plus présentables. Mais il y a des acronymes joyeux pour nommer des réalités guère plus réjouissantes.
Dans le domaine de l'action publique, c'est par exemple le cas de la LOLF. La « Loi organique relative aux lois de finances » est une appellation abominable, dotée d'une répétition à faire sursauter n'importe quel rédacteur en chef. Mais son acronyme a quelque chose de guilleret. A l'oreille, la LOLF cousine avec l'elfe. Ses outils, eux, tiennent de lutins jouant de la musique. Le BOP a quelque chose de bibop, même s'il désigne l'horrible « budget opérationnel de programme ». Et le RAP fait inévitablement penser au rappeur, bien qu'il s'agisse du platounet « rapport annuel de performance ».
Dans d'autres domaines, on pousse l'audace encore plus loin en renonçant carrément aux acronymes. Selon certaines rumeurs, la ménagère de moins de 50 ans aurait tendance à délaisser RGPP (rangement général des placards et penderies) au profit de l'expression « tri de printemps ». Le renoncement gagne même certains ministères, même si les rédacteurs en chef râlent contre les titres trop longs. On parle ainsi de Grenelle de l'environnement et non de RPPDE (Réunion des parties prenantes pour la défense de l'environnement). Ou de réforme de la carte judiciaire et non de RCJ qui aurait pourtant l'avantage de rappeler feu la RCB (rationalisation des choix budgétaires, un autre ancêtre de la RGPP). L'Elysée, d'où est partie cette fichue RGPP, ferait mieux de remplacer l'un de ses innombrables jargono-administratifs par un terminologue ou un maître en siglification. Le président le sait pourtant mieux que quiconque : en politique, les mots sont essentiels.
JEAN-MARC VITTORI
Les Echos (Décembre 2008)
12:42 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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