20.02.2008

Communiqué Sud Culture Solidaires : VERS DES DEGRAISSAGES DANS LA FONCTION PUBLIQUE ! ! !

La Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP) comprend un volet Gestion des Ressources Humaines qui constitue une menace d’une rare ampleur sur l’avenir de la Fonction publique. Ce qui demain attend les personnels du Ministère, c’est non seulement une réduction des effectifs en vertu du non-remplacement d’un départ à la retraite sur deux, mais aussi des menaces concrètes sur leur emploi. Ainsi, dans le cadre d’une « cartographie des emplois », le ministère de la culture a commencé le recensement de tous les postes et fonctions des agents du Ministère afin de préparer les prochaines restructurations voulues par la RGPP.

C’est dans ce contexte qu’il convient d’apprécier le projet de loi « Développement des mobilités - Recrutement dans la fonction publique - Diverses dispositions de simplification » qui a été transmis aux organisations syndicales le 4 février.

Ce projet est un véritable danger pour la Fonction Publique d’Etat et le maintien d’une fonction publique de carrière. L’administration a apparemment fait le choix d’une fonction publique de métiers et contractualisée, c’est à dire précaire et discrétionnaire.

D’autres remises en cause sont inacceptables : mise en place d’indemnité de départ, recours à l’intérim, cumul d’emplois à temps non complet. D’autre part, au prétexte de développer les mobilités entre les trois fonctions publiques et entre les diverses administrations, il s’agit d’imposer des mobilités aux personnels dont le poste aura été supprimé. Quitte à l’appâter avec une aide financière.

Cerise sur le bateau : le gouvernement attaque directement un élément fondamental de la fonction publique : la permanence de l’emploi. Les fonctionnaires dont l’emploi sera supprimé ou modifié de façon substantielle seront placés, pour une durée maximale de deux ans, en situation de réorientation professionnelle, c’est-à-dire qu’ils n’exerceront plus leurs fonctions dans le service où ils étaient affectés. Ils pourront être appelés à accomplir des missions temporaires pour le compte de leur administration ou d’une autre administration. Ils demeureront dans leur corps d’origine et continueront de percevoir leur traitement et tout ou partie de leurs primes. Mais au terme des deux ans, ils pourront être placés d’office en disponibilité ! Si ce projet de loi était adopté, on imagine immédiatement les terribles conséquences sur les personnels du ministère. Ainsi, qu’adviendra t’il de ceux qui, à défaut d’avoir été poussés vers la sortie, n’auront pu être mutés d’office dans une autre administration ou un autre emploi ? Après deux ans de galère et de formation, seront-ils réduits au chômage, mais sans indemnités ?

SUD CULTURE SOLIDAIRES PRENDRA TOUTES SES RESPONSABILITES POUR FAIRE ECHOUER LES PLANS IDEOLOGIQUES DU GOUVERNEMENT VISANT A FAIRE DISPARAITRE LE STATUT GENERAL DES FONCTIONNAIRES ET A DETRUIRE LES GARANTIES DE GESTION DES PERSONNELS

 

SUD Culture Solidaires, le 20 février 2008

lettre ouverte aux visiteurs du musée National Picasso (Le personnel du musée de Picasso) : Enchères sur la culture !

« Tous ces objets précieux qu’on tenait loin du peuple, ou qu’on ne lui montrait que pour le frapper d’étonnement et de respect, toutes ces richesses lui appartiennent. » Circulaire du Comité de l’instruction publique de la Convention nationale, Instruction sur la manière d’inventorier et de conserver, dans toute l’étendue de la République, tous les objets qui peuvent servir aux arts, aux sciences et à l’enseignement, 1793.

Cette conquête sociale, issue de la Révolution Française, se voit aujourd’hui gravement menacée par le projet de révision générale des politiques publiques (RGPP) voulu par Nicolas Sarkozy, président de la République française.

En effet, le Ministère de la Culture est le premier cobaye de cette réforme visant à démanteler le service public pour en réduire le coût. Fusion des directions centrales, baisse des crédits du ministère de 20 % sur trois ans, changement de statut des établissements et des personnels (auquel s’adjoint le développement de l’emploi précaire : intérim, CDD, temps partiel), désengagement de l’Etat dans la gestion des musées par le transfert à une entreprise à caractère public, mais de droit privé (la RMN) ou aux collectivités territoriales, autofinancement des musées par la mise en place de projets de location ou de vente des collections publiques pour compenser le désengagement financier de l’Etat. Il s’agit d’une privatisation masquée assortie d’une précarisation des personnels, présageant la fin du service public au service du public !!!

C’est un tournant décisif et singulièrement grave dans l’histoire des politiques culturelles en France : l’idée même que la culture relève d’une responsabilité publique sur l’ensemble du territoire national et donc l’idée d’un patrimoine culturel en tant que bien commun de la Nation est aujourd’hui remise en cause. Le dogme du « moins d’Etat » entraîne une réduction des missions et des moyens d’interventions du Ministère de la Culture qui ne représentent pourtant qu’à peine 1 % du budget de l’Etat.

Tous ces projets visent à la rentabilisation du Patrimoine, réduit à une vulgaire marchandise. Un député UMP, Jean-François Mancel, est allé jusqu’à déposer un projet de loi visant à classer les œuvres appartenant à la nation en deux catégories : celles inaliénables en tant que « trésors nationaux » et celles « libres d’utilisation » qu’on pourrait vendre au plus offrant.

Ce qui se passe actuellement au sein du Musée national Picasso constitue un avant-goût de cette politique. En effet, un projet de rénovation du musée est envisagé. L’Etat, dans sa logique de désengagement, ne financera pas du tout les travaux. La directrice de l’établissement pour récolter les fonds nécessaires a donc choisi d’entamer un cycle international d’expositions itinérantes d’une grande partie des œuvres du musée. La collection permanente dans son intégralité n’est donc plus visible depuis plusieurs mois et ce pour plusieurs années. Ce genre de pratique tendra à se généraliser avec la RGPP au détriment de tous les visiteurs des musées nationaux.

Face à cette régression historique, attaquant de plein fouet l’exception culturelle française, nous invitons les visiteurs du Musée national Picasso à se joindre aux personnels du Ministère de la Culture

  • Pour le retrait de la RGPP.
  • Le maintien de la Direction des Musées de France.
  • Le maintien des Musée nationaux-SCN dans leurs statuts actuels.

Pour affirmer, tous ensemble, que la culture ni ses agents ne sont des marchandises !

Le mercredi 20 février 2008. Les personnels du Musée national Picasso.

Ce qui est en jeu aujourd’hui, c’est la fin des Musées nationaux tels qu’ils ont été crées à l’origine.

Les personnels du Musée National Picasso sont très inquiets quant à l’avenir du Ministère de la Culture. En effet, ce ministère est le premier à passer au crible de la révision générale des politiques publiques (RGPP) voulu par Nicolas Sarkozy, président de la République Française. Une note du directeur de cabinet de la Ministre de la Culture Christine Albanel est très clair quant au attention du gouvernement en ce qui concerne les Musées de France : « le conseil de modernisation des politiques publiques du 12 décembre 2007 a préconisé un processus de modernisation du secteur des musées qui permette de rendre un meilleur service aux usagers à un moindre coût pour les finances publiques. »

C’est un tournant décisif et singulièrement grave dans l’histoire des politiques culturelles en France : l’idée même que la culture relève d’une responsabilité publique sur l’ensemble du territoire national est aujourd’hui remise en cause. Le dogme du « moins d’Etat » entraine une réduction des missions et des moyens d’interventions du Ministère de la Culture qui ne représente pourtant qu’à peine 1 % du budget de l’Etat.

L’objectif du gouvernement est effectivement de baisser les crédits du Ministère de 20 % sur trois ans.

De désengager le ministère de la gestion des musées nationaux par le transfert vers une entreprise de droit privé ou les collectivités territoriales.

Face à ce désengagement de l’état, les musées devront pour s’autofinancer mettre en place des projets de location ou de vente des collections publiques.

Inquiétude pour le Ministère de la Culture La tribune de l'Art 20/02/08

Inquiétude pour le Ministère de la Culture

La tribune de l'Art 20/02/08

Depuis quelques semaines, le Ministère de la Culture vit au rythme de la révision générale des politiques publiques (RGPP), le projet du gouvernement visant à « maîtriser et rationaliser les dépenses publiques tout en améliorant la qualité des politiques publiques »1. Il s'agit d'un des premiers ministères à faire l'objet d'une réorganisation entrant dans ce cadre. A ce titre il servira sans doute de modèle pour la suite. Une perspective inquiétante, si l'on observe comment les choses se déroulent.

Christine Albanel dans une lettre envoyée le 19 février aux employés du ministère indique qu'elle souhaite ainsi « permettre aux politiques publiques, et donc à la politique culturelle, de mieux répondre aux exigences de la société. Elle vise à améliorer la qualité du service rendu au public, avec le souci constant d'un égal accès de tous à la culture, et à valoriser le travail des agents tout en rationalisant les dépenses publiques ». Il semble, à en croire la manière dont est mené ce projet, qu'il s'agisse surtout de réaliser à tout prix des économies, sans prendre en compte la spécificité évidente du sujet.

Voici quelques-unes des hypothèses sur lesquelles travaille, actuellement, le Ministère, dans le domaine des musées et du patrimoine :

- Regroupement des dix directions (et délégations) existantes rue de Valois en trois (ou quatre) directions : une direction patrimoniale qui regrouperait les fonctions actuelles de la Direction du Patrimoine, de la Direction des Musées de France et de la Direction des Archives ; une direction de la Création ; une direction de la Démocratisation culturelle (on admirera le flou d'une telle dénomination). L'architecture, actuellement rattachée à la Direction du Patrimoine, pourrait rejoindre la nouvelle direction de la création, mais rien n'est encore certain.

 - Rattachement de certains musées nationaux à de plus grands établissements. Si celui de l'Orangerie avec le Musée d'Orsay semble cohérent2, comme l'avait été celui du musée Delacroix au Louvre, le rattachement du musée de Cluny au Louvre comme le bruit en avait couru un moment, se justifierait beaucoup moins. Il semble peu probable.

- Certains musées, au contraire (et Cluny en fait partie), pourraient être transformés en Etablissements Publics, notamment certains musées-château (éventuellement en en regroupant certains). Davantage d'établissements publics signifierait probablement de nouveaux postes de directeurs confiés à des administrateurs au détriment des conservateurs, comme c'est le cas pour la plupart d'entre eux (hors le Louvre et Orsay).

- D'autres musées nationaux (par exemple le Musée Magnin de Dijon) se verraient proposés à des collectivités locales. On voit mal comment celles-ci pourraient souhaiter récupérer des établissements de ce type, alors qu'il est plus que probable que les dotations budgétaires ne suivront pas, ou de manière très provisoire.

- Selon le même principe, de nouveaux monuments historiques pourraient également être « décentralisés ». La précédente opération de ce genre (voir l'éditorial du 17/11/03 et la brève du 27/7/06) avait pourtant abouti à un quasi échec. On se rappelle que la liste avait été établie par une commission dirigée par René Rémond, chargée de définir les monuments d'importance régionale ou locale appartenant à l'Etat et susceptibles d'être transférés à des collectivités territoriales. On se demande donc quels sont ceux qui seraient choisis aujourd'hui. S'agira-t-il, faisant fi des critères de cette commission, de se débarrasser d'éléments patrimoniaux « d'importance nationale » comme le Domaine national de Saint-Cloud pour lequel, d'après les syndicats, Parick Devedjian serait candidat ?

- Autre solution : la Réunion des Musées Nationaux prendrait en charge la plupart des musées nationaux. Certains pourraient aussi être rattachés au Centre des Monuments Nationaux (à moins que la RMN et le CMN ne fusionnent, autre hypothèse envisagée). Thomas Grenon, le président de la RMN mène un forcing effréné pour récupérer cette gestion des musées, et serait allé jusqu'à agacer en hauts lieux comme l'a révélé Vincent Noce dans Libération du 19 février.

 - Plusieurs activités de la Réunion des Musées Nationaux pourraient être filialisées, notamment celles à fort enjeu scientifique, comme l'édition et l'agence photographique. Cela reviendrait, comme le dénoncent les syndicats, à privatiser une part importante de missions qui relèvent pourtant du service public. Notons que dans l'hypothèse où la RMN ne récupérerait pas l'administration des musées, ces filialisations réduiraient son activité à peu de chose...

Il faut ajouter les incertitudes qui pèsent sur les services du Ministère en région et en département. Si les DRAC devraient être conservées, qu'en sera-t-il des services départementaux qui risquent d'être absorbés par les préfectures. Au cas où ils seraient rattachés aux DRAC, seraient-ils géographiquement relocalisés ? On reste encore dans le flou le plus complet, mais le passé, et les conséquences néfastes des lois de décentralisation, qui ont conduit notamment à un éclatement de l'Inventaire Général, n'incite pas à l'optimisme.

Il est possible que l'organisation retenue ressemble à une espèce de patchwork de toutes ces hypothèses. On imagine alors la confusion. Devant la complexité du problème, la précipitation est pourtant de mise. Les solutions doivent en effet être trouvées en à peine plus de deux mois : sollicitée le 12 décembre par Christine Albanel, Francine Mariani-Ducray, la Directrice des Musées de France, doit lui remettre vendredi prochain, 22 février, le rapport évaluant les différents scénarii3.

Très fragilisée par l'annonce, officieuse mais permanente, de son remplacement prochain, la Ministre de la Culture ne paraît pas disposer sur ces sujets de beaucoup d'autonomie. Il semble que les vraies décisions soient prises par les conseillers de l'Elysée.

Dans ces conditions, tous les syndicats Culture, unanimes, dénoncent ce qu'ils considèrent comme une attaque sans précédent contre les missions qui font, depuis plus de cinquante ans, la raison d'être du Ministère. Réunis en intersyndicale, ils se montrent très résolus et très inquiets. Ils soulignent que, s'ils sont effectivement conviés à des réunions d'information, il ne s'agit pas d'une réelle concertation et que leurs interlocuteurs, souvent, ne savent pas répondre à leurs questions. Une manifestation est prévue le 21 février devant le ministère, une pétition circule dans les services et d'autres actions devraient être menées dans les prochaines semaines.

Tout observateur soucieux de la préservation du rôle de l'Etat dans les domaines du patrimoine et des musées peut légitimement s'interroger. La part du budget du Ministère de la Culture dans celui de la Nation est très faible (moins de 1%, rappelons-le). Les économies possibles dans ce domaine (seule raison réelle de toute l'opération) apparaissent dérisoires. S'il y a un domaine qui devrait se voir épargné cette course aux économies, c'est bien celui-là. N'est-ce pas la France qui a inventé l'exception culturelle ?

Didier Rykner (mis en ligne le 20 février 2008)

1. http://www.rgpp.modernisation.gouv.fr/ 2. Notons que le poste de directeur de l'Orangerie, laissé vacant par le départ de Pierre Georgel à la retraite, ne l'est plus, alors que personne n'a pourtant été nommé. 3. Elaboré, d'après les syndicats, avec l'aide du cabinet Cap Gémini.

Inquitude pou le Ministère de la Culture

Inquiétude pour le Ministère de la Culture

La Tribune de l'ART 20/02/08

Depuis quelques semaines, le Ministère de la Culture vit au rythme de la révision générale des politiques publiques (RGPP), le projet du gouvernement visant à « maîtriser et rationaliser les dépenses publiques tout en améliorant la qualité des politiques publiques »1.

Il s'agit d'un des premiers ministères à faire l'objet d'une réorganisation entrant dans ce cadre. A ce titre il servira sans doute de modèle pour la suite. Une perspective inquiétante, si l'on observe comment les choses se déroulent.

Christine Albanel dans une lettre envoyée le 19 février aux employés du ministère indique qu'elle souhaite ainsi « permettre aux politiques publiques, et donc à la politique culturelle, de mieux répondre aux exigences de la société. Elle vise à améliorer la qualité du service rendu au public, avec le souci constant d'un égal accès de tous à la culture, et à valoriser le travail des agents tout en rationalisant les dépenses publiques ».

Il semble, à en croire la manière dont est mené ce projet, qu'il s'agisse surtout de réaliser à tout prix des économies, sans prendre en compte la spécificité évidente du sujet.

Voici quelques-unes des hypothèses sur lesquelles travaille, actuellement, le Ministère, dans le domaine des musées et du patrimoine :

- Regroupement des dix directions (et délégations) existantes rue de Valois en trois (ou quatre) directions : une direction patrimoniale qui regrouperait les fonctions actuelles de la Direction du Patrimoine, de la Direction des Musées de France et de la Direction des Archives ; une direction de la Création ; une direction de la Démocratisation culturelle (on admirera le flou d'une telle dénomination). L'architecture, actuellement rattachée à la Direction du Patrimoine, pourrait rejoindre la nouvelle direction de la création, mais rien n'est encore certain.

- Rattachement de certains musées nationaux à de plus grands établissements. Si celui de l'Orangerie avec le Musée d'Orsay semble cohérent2, comme l'avait été celui du musée Delacroix au Louvre, le rattachement du musée de Cluny au Louvre comme le bruit en avait couru un moment, se justifierait beaucoup moins. Il semble peu probable.

 - Certains musées, au contraire (et Cluny en fait partie), pourraient être transformés en Etablissements Publics, notamment certains musées-château (éventuellement en en regroupant certains). Davantage d'établissements publics signifierait probablement de nouveaux postes de directeurs confiés à des administrateurs au détriment des conservateurs, comme c'est le cas pour la plupart d'entre eux (hors le Louvre et Orsay).

- D'autres musées nationaux (par exemple le Musée Magnin de Dijon) se verraient proposés à des collectivités locales. On voit mal comment celles-ci pourraient souhaiter récupérer des établissements de ce type, alors qu'il est plus que probable que les dotations budgétaires ne suivront pas, ou de manière très provisoire.

- Selon le même principe, de nouveaux monuments historiques pourraient également être « décentralisés ». La précédente opération de ce genre (voir l'éditorial du 17/11/03 et la brève du 27/7/06) avait pourtant abouti à un quasi échec. On se rappelle que la liste avait été établie par une commission dirigée par René Rémond, chargée de définir les monuments d'importance régionale ou locale appartenant à l'Etat et susceptibles d'être transférés à des collectivités territoriales. On se demande donc quels sont ceux qui seraient choisis aujourd'hui. S'agira-t-il, faisant fi des critères de cette commission, de se débarrasser d'éléments patrimoniaux « d'importance nationale » comme le Domaine national de Saint-Cloud pour lequel, d'après les syndicats, Parick Devedjian serait candidat ?

- Autre solution : la Réunion des Musées Nationaux prendrait en charge la plupart des musées nationaux. Certains pourraient aussi être rattachés au Centre des Monuments Nationaux (à moins que la RMN et le CMN ne fusionnent, autre hypothèse envisagée). Thomas Grenon, le président de la RMN mène un forcing effréné pour récupérer cette gestion des musées, et serait allé jusqu'à agacer en hauts lieux comme l'a révélé Vincent Noce dans Libération du 19 février.

- Plusieurs activités de la Réunion des Musées Nationaux pourraient être filialisées, notamment celles à fort enjeu scientifique, comme l'édition et l'agence photographique. Cela reviendrait, comme le dénoncent les syndicats, à privatiser une part importante de missions qui relèvent pourtant du service public. Notons que dans l'hypothèse où la RMN ne récupérerait pas l'administration des musées, ces filialisations réduiraient son activité à peu de chose...

Il faut ajouter les incertitudes qui pèsent sur les services du Ministère en région et en département. Si les DRAC devraient être conservées, qu'en sera-t-il des services départementaux qui risquent d'être absorbés par les préfectures. Au cas où ils seraient rattachés aux DRAC, seraient-ils géographiquement relocalisés ?

On reste encore dans le flou le plus complet, mais le passé, et les conséquences néfastes des lois de décentralisation, qui ont conduit notamment à un éclatement de l'Inventaire Général, n'incite pas à l'optimisme. Il est possible que l'organisation retenue ressemble à une espèce de patchwork de toutes ces hypothèses. On imagine alors la confusion.

Devant la complexité du problème, la précipitation est pourtant de mise. Les solutions doivent en effet être trouvées en à peine plus de deux mois : sollicitée le 12 décembre par Christine Albanel, Francine Mariani-Ducray, la Directrice des Musées de France, doit lui remettre vendredi prochain, 22 février, le rapport évaluant les différents scénarii3.

Très fragilisée par l'annonce, officieuse mais permanente, de son remplacement prochain, la Ministre de la Culture ne paraît pas disposer sur ces sujets de beaucoup d'autonomie. Il semble que les vraies décisions soient prises par les conseillers de l'Elysée.

Dans ces conditions, tous les syndicats Culture, unanimes, dénoncent ce qu'ils considèrent comme une attaque sans précédent contre les missions qui font, depuis plus de cinquante ans, la raison d'être du Ministère.

Réunis en intersyndicale, ils se montrent très résolus et très inquiets. Ils soulignent que, s'ils sont effectivement conviés à des réunions d'information, il ne s'agit pas d'une réelle concertation et que leurs interlocuteurs, souvent, ne savent pas répondre à leurs questions.

Une manifestation est prévue le 21 février devant le ministère, une pétition circule dans les services et d'autres actions devraient être menées dans les prochaines semaines.

Tout observateur soucieux de la préservation du rôle de l'Etat dans les domaines du patrimoine et des musées peut légitimement s'interroger. La part du budget du Ministère de la Culture dans celui de la Nation est très faible (moins de 1%, rappelons-le).

Les économies possibles dans ce domaine (seule raison réelle de toute l'opération) apparaissent dérisoires. S'il y a un domaine qui devrait se voir épargné cette course aux économies, c'est bien celui-là. N'est-ce pas la France qui a inventé l'exception culturelle ?

Didier Rykner (mis en ligne le 20 février 2008)

1. http://www.rgpp.modernisation.gouv.fr/ 2. Notons que le poste de directeur de l'Orangerie, laissé vacant par le départ de Pierre Georgel à la retraite, ne l'est plus, alors que personne n'a pourtant été nommé. 3. Elaboré, d'après les syndicats, avec l'aide du cabinet Cap Gémini.

19.02.2008

Communiqué CGT-Culture : LA RGPP ET LES SERVICES DECONCENTRES, DRAC ET SDAP

Une chose apparaît clairement à la lecture des documents issus du Conseil de « modernisation » du 12 décembre 2007 : si rien n’est fait pour arrêter les plans de restructuration gouvernementaux, les services déconcentrés du Ministère de la culture pourraient, pour une large part, disparaître de la carte administrative d’ici quelques mois. Contrairement au discours officiel, aucune des mesures envisagées n’a pour but d’améliorer et de développer le service public ni de permettre une meilleure prise en compte de l’intérêt général dans les domaines de la culture et du patrimoine. Ce dont il s’agit, c’est bel et bien d’un choix de société pour lequel les personnels des DRAC et des SDAP doivent peser par leur mobilisation.

Organisation des services :

Le projet est limpide. Les structures déconcentrées de l’État sont jugées « trop nombreuses et trop coûteuses ». En conséquence, les services de l’État au niveau départemental ne seront plus organisés en fonction des périmètres ministériels mais en fonction de « 5 ou 6 grandes missions ». Le sort des SDAP pourrait ainsi être réglé d’un trait de plume. Conformément aux souhaits d’une minorité agissante d’architectes des bâtiments de France, les missions de ces services pourraient sortir du ministère de la culture pour être intégrées au sein d’une direction départementale (ou pôle) « aménagement et développement des territoires », placée sous l’autorité des préfets de départements, qui regrouperait, en plus des SDAP, ce qui reste des DDE et des DDAF (agriculture et forêt). En outre, d’autres missions à caractère départemental exercées aujourd’hui par les DRAC pourraient suivre le même chemin et être transférées, quant à elles, vers une direction de l’« offre éducative ».

S’agissant du maintien d’un échelon régional du ministère de la culture, les DRAC, de grandes incertitudes sont nées des annonces du 12 décembre dernier puisque, dans le cadre « d’un État réorganisé et allégé », il est prévu de réduire le nombre de directions et délégations ministérielles de 30 par région à moins de 10. Certes, le cabinet de Christine Albanel se veut à présent rassurant sur ce point mais, dans les faits, aucune annonce officielle ne devrait intervenir immédiatement, ce qui invite à la plus grande prudence.

Combien de fois nous a-t-on en effet promis la publication imminente du décret DRAC-SDAP, préparé sous Renaud Donnedieu de Vabres,... avec le résultat que l’on connaît ! Par ailleurs, dans l’hypothèse où les DRAC seraient effectivement conservées, on ne peut exclure que leur nature même en soit modifiée par adjonction de compétences relevant d’autres ministères (Éducation, Jeunesse et sports, Tourisme, par exemple).

Les missions :

Elles ont déjà été fortement mises à mal ces dernières années : transfert de l’Inventaire, abandon de la maîtrise d’ouvrage pour les fouilles archéologiques et pour les travaux sur les Monuments historiques n’appartenant pas à l’État, décentralisation des crédits pour l’enseignement artistique et le patrimoine non protégé, restrictions drastiques des crédits d’intervention, des aides et subventions susceptibles d’être allouées au soutien à la création, au spectacle vivant, à la production et à la diffusion cinématographique, entre autres.

La RGPP risque maintenant de porter un coup fatal aux missions des services opérateurs, de nouvelles vagues de « décentralisation » et d’abandons de missions étant d’ores et déjà à l’étude.

Une mission d’audit est particulièrement chargée de « recenser l’ensemble des obligations administratives imposées aux entreprises et d’identifier les possibilités de rationalisation », et « d’engager un plan de simplification pour les 1000 procédures les plus lourdes ou jugées les plus irritantes (sic !) avec un objectif de réduction des charges de 25% ». Dans le domaine du patrimoine, on voit bien, par exemple, que les avis sur permis de construire (abords des Monuments historiques et archéologie) pourraient se trouver dans le collimateur.

Les fonctions « support » assurées aujourd’hui par les services des affaires générales sont également visées : les traitements et leur gestion relèveraient d’un opérateur national de paye ; la gestion des locaux serait contractualisée ; les procédures de passation de marché seraient simplifiées et mutualisées entre les ministères, etc. C’est incontestablement dans ce secteur qu’est attendue la plus importante possibilité de suppression d’emplois.

Au-delà, il est même envisagé, au titre de la « simplification des procédures internes de l’État », la mise en place d’« agences de service public » permettant de « répondre aux besoins des administrations », ce qui laisse à penser que l’ensemble de ces fonctions « support » devraient, à terme, être transférées à de véritables structures autonomes.

Les mesures relatives aux personnels :

Dans le cadre des regroupements de services au niveau départemental, le gouvernement annonce que les préfets « disposeront des moyens de mieux répartir les effectifs entre les services placés sous leur autorité », et que « les agents qui travailleront dans des directions départementales ne seront plus directement rattachés à (leur) administration centrale », autrement dit à leur ministère d’origine. Dans l’objectif d’accélérer les suppressions d’emplois, « une prime au départ volontaire sera créée », tandis que pour accompagner les suppressions et fusions de services, « des primes encourageant la mobilité ou accompagnant la réorganisation des services seront crées pour favoriser les mobilités géographiques et les reconversions professionnelles ».

Par ailleurs, le gouvernement vient récemment de transmettre aux organisations syndicales des projets de textes visant à modifier le Statut général des fonctionnaires, censés entrer en application dès cette année. Ceux-ci prévoient notamment la création d’une nouvelle position statutaire dans laquelle seraient placés les fonctionnaires « privés d’affectation par suite d’une suppression ou d’une modification substantielle de leur emploi ». A l’issue d’une période de 2 ans pendant laquelle l’administration chercherait à favoriser son reclassement dans la Fonction publique ou dans le secteur privé, le fonctionnaire placé dans cette situation pourrait « être placé d’office en disponibilité ». Ce serait ainsi la fin de l’obligation faite à l’administration d’affecter un agent titulaire.

Devant tous ces enjeux cruciaux, et face aux assauts de l’idéologie ultra-libérale dans toute sa « splendeur », la CGT-Culture a clairement choisi son camp.

Dans le cadre d’un service public qui se doit d’être défendu et renforcé, elle affirme qu’il y a bien une place irremplaçable pour le ministère de la culture, outil de toutes et tous.

Ensemble, acteurs, professionnels et personnels de la culture,le temps de la contre-offensive est venu pour arrêter le bras des casseurs !

Paris le 19 février 2008

Foire d’empoigne autour des établissements nationaux . Libération 19/02/08

Foire d’empoigne autour des établissements nationaux Patrimoine.

La réorganisation des musées de France par le ministère de la Culture inquiète les personnels et aiguise les appétits.

Vincent Noce QUOTIDIEN : mardi 19 février 2008

Que vont devenir les musées Picasso, Cluny, Ecouen, Fontainebleau, l’Orangerie, Pierrefonds, Compiègne, Malmaison, le château de Pau, et une dizaine d’autres musées nationaux plus modestes, dans la réorganisation du ministère de la Culture ? La question fait l’objet en coulisses d’une dispute interne, sur fond d’inquiétude croissante des personnels. Il y a une dizaine de jours, les syndicats ont envahi le siège de la direction des musées de France (DMF), pour proclamer leur «attachement au service public» et ils annoncent une nouvelle action pour le 21 février.

Jeudi dernier, à Paris, s’est tenue la conjuration des six. Les présidents du Louvre, de Beaubourg, de Versailles, du Quai- Branly, de Guimet, et l’administrateur d’Orsay, ont penché leur auguste personne sur le sort des petits musées. La fronde se fédérait autour de la directrice des musées de France, Francine Mariani-Ducray. Celle-ci, qui vit ses dernières heures (sa direction doit rejoindre une grande direction du patrimoine), était tout émue. Les participants aussi.

Christine Albanel a ouvert plusieurs voies aux musées qui se trouvaient sous l’égide de la DMF : transformation en établissement public (pour les plus importants), rattachement à un grand établissement, à une région, ou enfin à la Réunion des musées nationaux (RMN). Celle-ci est la branche commerciale des musées, qui organise des expositions, des publications, exploite librairies et boutiques, vend des cartes postales, gère les droits de reproduction des œuvres. Les grands établissements (dont le Louvre) ont pris le large il y a une demi-douzaine d’années, grâce à une réforme restée à mi-chemin.

C’est ce parcours qu’il faut désormais reprendre. Après des années de déficit, ayant considérablement réduit ses activités, la RMN est revenue à un exercice équilibré. Elle tient les expositions prestigieuses du Grand Palais. Il n’en fallait pas plus pour que son président, Thomas Grenon, se sente pousser des ailes. Il réclame désormais tous les musées nationaux pour agrandir son duché. Et la transformation de la RMN en un super établissement public.

Les présidents d’établissements sont unanimes pour organiser la rébellion, d’autant qu’ils ont toujours nourri une franche détestation de la RMN, accusée d’incompétence et d’avoir longtemps joui d’un monopole abusif. «En prenant sous sa coupe des musées disparates, la RMN deviendrait un monstre», a plaidé l’un. «La sujétion des musées à la RMN répondrait à un propos biaisé, purement économique, a ajouté un autre. Or, il faut mettre en place des projets culturels et scientifiques, pour voir ensuite dans quelle mesure peut, éventuellement, se fonder une logique mutualiste.»

Et les grands établissements d’organiser la riposte en proposant de mettre en place des réseaux, dont ils se verraient bien, eux-mêmes, les pilotes : Orsay a demandé le rattachement de l’Orangerie, avec sa collection impressionniste ; le Centre Pompidou lorgne le musée Picasso ; Cluny ou Malmaison pourraient se rapprocher du Louvre ; Versailles songe à un réseau de résidences royales.

Quant aux syndicats, qui n’apprécient guère le président de la RMN, ils sont virulents contre l’idée d’intégrer un «service commercial de droit privé». Thomas Grenon n’a pas arrangé son cas en bombardant de notes catastrophistes, dont Libération a pu avoir copie, sa ministre, mais aussi Matignon et l’Elysée, ce qui a été modérément apprécié rue de Valois. «Il essaie de convaincre en sortant des chiffres et des extrapolations complètement bidonnés, ce dont la RMN a d’ailleurs l’habitude», lance un participant à la réunion.

 Le cabinet de la ministre se montre tenté par le rattachement de l’Orangerie à Orsay. Thomas Grenon en fait un casus belli, accusant Orsay de vouloir transformer l’Orangerie en «destination touristique». La RMN, au contraire, pourrait à l’en croire «réduire les dépenses de fonctionnement de 20 %». Si l’ensemble des musées nationaux lui revenait, il se fait fort de réaliser «8 millions d’euros d’économies», par des «synergies» assez vagues. En revanche, avertit l’intéressé, si plusieurs des musées nationaux échappaient à la RMN, celle-ci verrait «son équilibre compromis». Dans une note, Thomas Grenon en évalue la perte à 7,2 millions d’euros. En bref, c’est (presque) tout ou rien.

Un comité de pilotage examine la question. Très dubitatif, le ministère s’en tient au pragmatisme affiché par Christine Albanel. Et garde un œil toujours vigilant sur les risques de conflits sociaux.

Communiqué CGT-Culture : Compte-rendu des deux premières réunions de travail avec le ministère du 8 et 14 février 2008

RGPP et musées nationaux : De la feuille de route idéologique à la cacophonie des scénarios de réforme, il y a un fossé béant ! 

 

Un cycle de rencontres arraché par la mobilisation Depuis les premières annonces du cabinet de Christine Albanel sur la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP) en décembre, la mobilisation n’a cessé de prendre de l’ampleur. Nous ne sommes pas prêts en effet à accepter une réforme qui vise explicitement à réduire à la portion congrue le périmètre et la capacité d’intervention de l’Etat en matière de culture et à cantonner notre département ministériel dans un rôle marginal d’expertise, d’évaluation et de régulation.

L’occupation de la Direction des Musées de France (DMF) le 1er février dernier fut indéniablement l’une des premières étapes très remarquée de cette mobilisation allant crescendo. Si le cabinet de la ministre a accepté d’ouvrir un cycle de quatre réunions sur le devenir de la sphère muséale, et plus particulièrement sur celui des musées Service à Compétence Nationale (SCN), c’est bien à cette action solidaire et à elle seule que nous le devons.

De scénario en scénario, une étourdissante cacophonie Ce qui frappe au sortir des deux premières rencontres des 8 et 14 février présidées par Monsieur Tardieu, Directeur adjoint du cabinet, en présence notamment de Madame Mariani-Ducray, Directrice des Musées de France, c’est l’extrême difficulté des autorités ministérielles et administratives à élaborer un scénario de réforme concernant les musées nationaux qui tienne, même un tant soit peu, la route. De la commande présidentielle et gouvernementale marquée du sceau de l’ultra-libéralisme décomplexé, à la réalité de notre ministère, des musées et de leurs missions, il y a un abîme qui semble donner le tournis à nos dirigeants.

Une première réunion le 8 février Ainsi, lorsque Monsieur Grenon, Administrateur général de la RMN, lors de la réunion du 8 février consacrée à « l’hypothèse du rattachement de tout ou partie des musées nationaux SCN à la RMN, après avoir vanté les grands mérites de l’établissement qu’il dirige - fallait-il comprendre sa brillante gestion ? - nous servit un couplet mémorable sur la RMN nouvel outil de mutualisation des musées, nous avons bien failli nous étouffer, à l’instar d’ailleurs de toute l’assistance.

Monsieur Grenon aurait-il déjà oublié que la RMN fit les frais de la réforme des musées nationaux de 2004. Réforme qui, entre autres, lamina quasi-totalement ses missions fondamentales de...mutualisation (notamment dans les domaines de la perception du droit d’entrée et des acquisitions) en préparant dans les grandes largeurs l’atomisation du réseau des musées.

Nous, nous nous souvenons parfaitement que les prédécesseurs de Monsieur Grenon ne se sont pas beaucoup battus pour défendre alors la place et le rôle de la RMN et de la DMF au coeur du dispositif muséal, et nous savons pertinemment que celui-ci s’est inscrit dans cet héritage consacrant l’éclosion des musées-entreprises.

Le même Thomas Grenon, à grands renforts de méthode Coué, affirma encore que la RMN, tout en garantissant l’autonomie et l’indépendance scientifique des SNC, assurerait l’optimisation de leur gestion et la progression certaine de leurs ressources propres. Gestion dont l’efficacité permettrait au ministère de réaliser sans coup férir de substantielles économies : 8 millions d’euros selon le patron de la RMN. Un chiffre comme sortie du chapeau sur lequel Thomas Grenon n’a pas cru bon de s’expliquer.

A vrai dire, personne n’est dupe : Ce qui se cache fort mal derrière ce scénario-là, c’’est la perspective d’une dislocation achevée du réseau muséal et la privatisation à terme des établissements concernés.

Une seconde réunion le 14 février Cette seconde réunion était consacrée à : « l’hypothèse du rattachement de musées nationaux SCN au Centre des Monuments Nationaux (CMN) ou à d’autres établissements publics ».

Monsieur Tardieu ne manqua pas de redire tout l’attachement de la ministre - pour ne pas dire son credo - au statut d’Etablissement Public à caractère Administratif (EPA).

Pour Madame Albanel, donc, la création de nouveaux EPA en 2004 (Orsay et Guimet) comme l’accroissement de l’autonomie des EPA existants avant cette date (le Louvre et Versailles) constituèrent une grande chance pour le ministère de la culture, et seraient d’ores et déjà un grand succès.

Ce qu’il faut retenir de ce scénario-ci, c’est que le mouvement de l’histoire et le bon sens de la réforme pourraient conduire à transformer certains SCN, de taille suffisante, en EPA, et à en rattacher d’autres, trop petits, à de grands établissements.

RMN : Attention fragile ! Nous sommes déjà bien loin du scénario cher à Thomas Grenon qui ne peut aller jusqu’à prétendre chapeauter des EPA nouveaux ou anciens. Reste cependant que la RMN englobant tout ou une très grande partie des SCN pourrait alors elle-même devenir...un EPA. Il faudrait au demeurant qu’elle fasse abstraction de ses activités de diffusion commerciale (justifiant son statut d’EPIC), qui ne sont autres que son coeur de métier et sur lesquelles elle assoit, avec l’organisation et la co-production d’expositions sa présence dans les musées. Mais il est vrai que nous n’en sommes plus à une incohérence près !

Ceci expliquant probablement cela, l’Administrateur de la RMN ne fut pas très disert le 14 février, sauf à évoquer de concert avec Monsieur Vallet, d’éventuels rapprochements ou coopérations avec le CMN sur des bases déjà souvent énoncées par le passé : En matière de diffusion et d’exploitation du fonds photographique du CMN par l’agence photo de la RMN (une convention serait en voie d’être conclue entre les deux établissements) ; d’éditions/co-éditons ; ou encore au plan d’achats groupés.

Et le CMN dans tout ça ? Autre et dernier scénario à ce jour, du moins jusqu’au prochain épisode, celui présenté par Monsieur Vallet : Après un propos sur la nécessité de lever les frontières entre les châteaux, les musées et les domaines en tant qu’ils constituent le plus souvent des ensembles patrimoniaux homogènes, celui-ci a déclaré que le CMN participait d’une réflexion sur la gestion au sein du réseau des Monuments Nationaux de sites et d’établissements tels que Compiègne, Fontainebleau, la Malmaison et Pau. Plus sûrement, Monsieur Vallet a évoqué la possibilité d’intégrer les Eyzies de Tayac et Saint-Germain-en-Laye au CMN et celle d’un rapprochement avec Ecouen et Cluny au motif de synergies avec Azay-Le- Rideau.

Enfin, là encore, rien ne semble vraiment arrêté et encore moins acquis tant du point de vue de la légitimité structurelle, que du mécano politico-administratif à construire.

Quant à d’éventuels transferts de SCN à des collectivités territoriales - dans la continuité du mouvement engagé avec la décentralisation à la mode Raffarin -, Monsieur Tardieu s’est montré très affirmatif : « Nous ne laisserons pas les collectivités locales faire leur marché ». Qu’on se le dise !

Comme vous le savez, dès les prémices de cette réforme, la CGT n’a cessé de défendre tout l’intérêt et l’utilité d’un réseau des musées nationaux conforté, rénové pour être encore renforcé. La CGT n’a cessé d’affirmer que la DMF devait être préservée dans l’entièreté de ses missions et prérogatives au coeur de ce réseau et pour ce réseau. Comme elle clame de façon constante que la RMN est bien l’autre pilier essentiel de ce dispositif muséal irremplaçable.

L’état d’impréparation de cette réforme et la cacophonie ambiante, loin de nous rassurer, nous font craindre le pire pour les musées nationaux. Plus que jamais l’heure est à la mobilisation. Ne relâchons pas la pression.

Pour faire entendre nos revendications, pour le renforcement du service public culturel :

Tous ensemble le 21 février : Rassemblement au Palais Royal « Colonnes de Buren » à 13 heures

Paris, le 19 février 2008

18.02.2008

Communiqué de presse (CGT CFDT CFTC FSU FO SUD UNSA)

Appel à conférence de presse pour le 20 fevrier 2008

L’intersyndicale du Ministère de la Culture vous convie à une conférence de presse le mercredi 20 février à 10h00 dans l’atrium du Théâtre des Champs Elysées 15 avenue Montaigne, 75008 PARIS.

L’annonce faite le 12 décembre par le Président de la République sur la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP) menace l’ensemble des services publics. Le ministère de la Culture est le premier touché, faisant office de ministère « pilote ».

La conférence de presse s’articulera autour des thèmes suivants :

-  La menace de disparition du ministère de la Culture en tant que tel, de ses missions de service public et l’avenir de ses personnels

-  Les conséquences sur l’activité culturelle des professionnels, sur la vie culturelle en région

Y participeront, outre les secrétaires généraux des organisations syndicales ministérielles, des secrétaires fédéraux : Gérard ASCHIERI secrétaire général de la FSU, Jean Marc CANON secrétaire général de l’union générale des fédérations de fonctionnaires CGT, Denis LEFEBVRE secrétaire général de la fédération des agents de l’etat CFTC, Alain LAUDEN de la fédération communication spectacle CFTC, Jean François PUJOL secrétaire général adjoint de la fédération CGT Spectacle, Richard BERAUD secrétaire général fédération éducation, recherche et culture CGT, J.M. NATHANSON de Solidaires Fonction publique, Patrick ARACIL conseiller fédéral chargé de la culture UNSA Education.

Paris le 18 février 2008

Communiqué de la CGT-Culture section du Musée du louvre : La Révision Générale des Politiques Publiques

La « philosophie » de cette réforme de la fonction publique ? Soi disant « Faire mieux avec moins de dépenses », ce qui dans les faits se traduit par « faire des économies en réduisant le rôle de l’état » !.

Le Ministère de la Culture sera une des premières administrations touchées par cette R.G.P.P.. Pour la Culture, les orientations de ces évolutions seront fixées entre février et avril 2008.

L’application de cette réforme à notre Ministère, ce serait à terme :

- la disparition de la Direction des Musées de France, avec une réduction importante des possibilités de mobilité.

-  la transformation de musées nationaux en établissements de droit privé, gérés par la Réunion des Musées Nationaux (R.M.N.) ;

-  le rattachement de Monuments historiques aux collectivités locales ;

-  la privatisation de l’archéologie préventive ;

-  l’avenir incertain des services régionaux et départementaux, essentiels pour la diffusion des aides culturelles en Ile de France et en province ;

-  une fragilisation du statut des fonctionnaires, par exemple en facilitant les démissions de la fonction publique ;

-  une gestion personnalisée des agents, soit une individualisation des carrières et une culture du mérite ;

-  l’utilisation de l’intérim pour faire face à des besoins occasionnels ou saisonniers !

Face à ces désastres annoncés, il est urgent d’agir !

Le Ministère est en danger ! Les Musées nationaux sont menacés ! Il faut refuser cette réforme ! Tous dans l’action le jeudi 21 février !

Cette journée d’action s’accompagne d’un dépôt de préavis de grève pour tous les agents du Ministère.

Un rassemblement se déroulera à partir de 13h devant le Ministère, aux colonnes de Buren. Soyez nombreux à y participer !

Une mobilisation massive au Louvre sera un signe fort du refus de cette réforme.

La R.G.P.P. et la gestion des personnels : l’intérim dans les salles du Musée ?

Le 19 septembre 2007, le président de la République annonçait devant les élèves de l’Institut Régional d’Administration (IRA) que le moment était venu « de refonder l’Etat, de refonder le service public, de refonder la fonction publique. ». Dans ce discours, il annonçait quelques uns des moyens envisagés pour mettre en place cette réforme :

- l’accompagnement des agents « qui souhaitent changer de fonction, de métier. Il faut les inciter quand c’est nécessaire » ;

-  l’ouverture à tous les fonctionnaires de « la possibilité de quitter la fonction publique contre un pécule » ;

-  l’ouverture d’un « chantier de l’individualisation des rémunérations pour qu’il soit davantage tenu compte du mérite, de l’implication, de l’expérience, des résultats. Pour que chacun soit incité à faire mieux. Pour que les meilleurs soient incités à rester » ;

-  pour certains emplois de la fonction publique, le choix laissé « aux nouveaux entrants entre le statut de fonctionnaire ou un contrat de droit privé négocié de gré à gré ».

Cinq mois après, des projets de loi et de décret

Le 4 février 2008, le Ministre de la Fonction publique a communiqué aux organisations syndicales un projet de loi en 15 articles visant à modifier le Statut général. Selon le calendrier présenté par les autorités ministérielles, ce projet devrait être examiné en session plénière du Conseil supérieur de la Fonction publique dans la 2ème quinzaine de mars, l’ensemble du dispositif ayant vocation a devenir opérationnel dès 2008 !

l’article 7 prévoit la création d’une nouvelle situation statutaire dans laquelle serait placé le fonctionnaire « privé d’affectation par suite d’une suppression ou d’une modification substantielle de son emploi ». A l’issue d’une période de deux ans, pendant laquelle l’administration chercherait à favoriser le reclassement professionnel, dans la Fonction publique ou dans le secteur privé, le fonctionnaire pourrait être mis « d’office en disponibilité ».

L’article 8 envisage de généraliser les possibilités de cumul d’emplois à temps non complet à l’ensemble du territoire. Cette disposition introduite il y a un an dans le Statut était jusqu’à présent limitée aux zones rurales. C’est la porte ouverte en grand au recrutement d’agents publics à multi-employeurs.

L’article 9 prévoit de modifier le Code du Travail pour permettre à l’administration et à ses établissements publics d’avoir recours à l’Intérim « pour pourvoir rapidement des vacances temporaires d’emplois ou faire face à des besoins occasionnels ou saisonniers ou à des surcroîts d’activités ». En rompant la relation contractuelle avec l’employeur public, cette mesure vise à exonérer l’Etat et les collectivités territoriales de leurs responsabilités envers les agents recrutés sous contrat à durée déterminée (qui, au Louvre, sont actuellement contractuels sur crédit ou sur poste, gérés directement par le Musée).

Ajoutons que ce projet de loi pourrait s’accompagner d’un décret instituant une indemnité de départ volontaire. Elle serait attribuée aux agents démissionnaires, qu’ils soient fonctionnaires ou contractuels en durée indéterminée. Ce décret viserait bien sûr à « faciliter » la réduction des effectifs dans la fonction publique.

Face à la hauteur des enjeux, la CGT appelle tous les personnels à préparer la riposte.

Non à la R.G.P.P. Refusons cette réforme ! Tous dans l’action le jeudi 21 février !

16.02.2008

Déclaration CGT Culture - CGT Spectacle - CGT FERC : Politique Culturelle : soldes … avant liquidation ?

Nous vivons un tournant décisif et singulièrement grave dans l’histoire des politiques culturelles en France. Au coeur de l’idéologie du projet présidentiel, l’idée même que la culture relève d’une responsabilité publique est aujourd’hui remise en cause.

 

Le dogme du « moins d’Etat » entraîne une réduction des missions et des moyens d’intervention du Ministère de la Culture, ainsi qu’une « culture de résultat » basée sur de pseudo indicateurs, purement comptables, établis par un consultant privé, Mars & Co.

 

La lettre de mission adressée à Christine Albanel, les réformes des structures du ministère dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP) et les restrictions budgétaires actuelles et à venir – et dont le spectacle vivant et l’action culturelle souffriront en premier chef – font partie d’une vaste opération de démantèlement d’une politique menée par un Ministère qualifié de « pilote », alors même que son budget ne représente qu’à peine 1 % du budget de l’Etat.

 

Cela se caractérise par :

 

- des gels budgétaires et des désengagements financiers, partout où la participation de l’Etat serait jugée dérisoire. Ce ne sont pas les quelques 37 millions pour le spectacle vivant agités comme les grelots du bouffon qui nous rassurent, et ce d’autant moins que la Ministre vient d’annoncer qu’ils serviront aussi à l’action culturelle cinématographique et aux festivals !

 

- Compte tenu de ces restrictions, le gouvernement va procéder à de nouvelles vagues de transferts de charges sur les collectivités territoriales : monuments, musées, entreprises de création, de diffusion, festivals…et il encourage l’accroissement de la part de financements privés dans le budget de tous les établissements sous tutelle du Ministère.

 

Cela se traduit par :

 

- le placement de plusieurs musées nationaux sous le régime « industriel et commercial », pour augmenter l’influence du « marchandising » dans leurs budgets,

 

- le transfert de l’activité d’établissements du Ministère vers des filiales privées, notamment dans le secteur de l’archéologie préventive ou de la Réunion des Musées nationaux,

 

- les projets de commercialisation (vente et location) des oeuvres d’art et objets des collections publiques, mais aussi lesdites « marques » culturelles, et les savoir faire, (la « marque » Louvre cédée aux Emirats d’Abou Dabi contre 400 millions d'euros) ;

 

- la soumission de la création et des opérateurs culturels à des critères comptables dits de «performance», « parts de marché du cinéma français », « impact des rénovations sur les niveaux de fréquentation », « part des transactions mondiales du marché de l’art réalisées en en France », «volume d’exportation des produits culturels», bref une conception utilitaire de la culture, de la pensée et de l’art.

 

Tout cela s’inscrit dans une campagne ayant pour thème « les idées que la « gauche » n’a pas su mettre en place ». Deux exemples :

 

- « la gratuité des musées » : toutes les expériences européennes démontrent pourtant qu’elle ne suffit pas à un élargissement des publics.

 

- « la suppression totale de la publicité dans l’audiovisuel public » : celle-ci constitue un cadeau royal pour les chaînes privées et préfigure la réduction du périmètre de l’audiovisuel public car les pertes de ressources ne seront pas compensées ( il n’est pas question d’augmenter la redevance) et sa fragilisation servira de prétexte à la privatisation d’une des chaînes.

 

Pour faciliter cette dérive vers les lois du marché :

 

– le gouvernement « allège » jusqu'à faire disparaître des pans entiers de l'administration de l'Etat par le biais d'une réduction draconienne du nombre des directions d’administration centrale du Ministère,

 

– on « fusionne » certaines autres, avec l’annonce d’une « Direction de la création » mêlant sous sa tutelle, artistes interprètes salariés et plasticiens non salariés par exemple,

 

– on remet aussi en question les DRAC, pour lesquelles l’élaboration des schémas de réforme relève directement de Matignon et de l’Intérieur.

 

Dans le même temps, Christine Albanel demande à son administration d’évaluer l’impact d’une réduction des crédits de fonctionnement et d’intervention pouvant s’élever sur trois ans, à 20 % !! et elle commande aux services de passer au crible l’intégralité des politiques et des procédures afin de dégager des « économies pérennes ».

 

Ce qui est remis en cause, c’est l’engagement historique de l’Etat en matière de soutien à la création, de promotion et de développement de la diversité culturelle, de préservation du patrimoine, pour son appropriation par le plus grand nombre, d’aménagement et de maillage culturels du territoire pour une véritable démocratisation culturelle.

 

La Cgt a clairement choisi son camp : celui d’un service public défendu et renforcé. Pour ce faire, elle réaffirme l’urgence de la mise en place d’une loi d’orientation pour la Culture, largement débattue entre tous les acteurs, et d’une loi de programmation avec un budget indexé sur le PIB.

 

Ensemble, acteurs, professionnels et personnels de la culture, le temps de la contreoffensive

est venu pour arrêter le bras des casseurs.

 

15 février 2008